Elections à ATTAC : la fraude est confirmée

Publié le par Philippe Gammaire

"A ce stade, nous pouvons déclarer en conscience que la preuve matérielle d’une fraude en faveur de la tendance favorable à la présidence sortante est établie". Créée le 11 septembre dernier, la commission d'enquête mandatée par les instances dirigeantes d'ATTAC, pour déterminer si oui ou non il y avait eu fraude lors des dernières élections du conseil d'administration (juin dernier), vient de rendre son rapport, publié ce matin sur son site internet.

La conclusion (ci-dessus) est catégorique, et même accablante pour le président Jacques Nikonoff. Même si rien ne prouve qu'il y a eu, à travers cette fraude, une action délibérée de la présidence sortante.

Tous ceux qui affirmeraient le contraire prennent au demeurant le risque d'être poursuivis en justice pour diffamation par Jacques Nikonoff et Bernard Cassen, à l'instar de Thomas Coutrot, membre du Conseil scientifique d'ATTAC . Celui-ci avait écrit et diffusé par mail un courrier expliquant qu'ils étaient "moralement et politiquement responsables de la fraude électorale à ATTAC".

Le président sortant et le président d'honneur ont maintenu leur plainte, malgré une pétition de plusieurs centaines de signatures et réclament 40.000 euros de dommages et intérêts...

Ce n'est donc pas le rapport Passet, lequel avait révélé d'évidentes anomalies statistiques dans le décompte des bulletins de votes, qui a permis d'établir catégoriquement la fraude. C'est l'examen visuel des bulletins qui a emporté l'intime conviction des membres de la commission d'enquête.

La méthode utilisée "met en évidence, un nombre élevé de votes absolument similaires parmi lesquels un examen plus fouillé, permet de dégager deux - peut-être trois- stratégies (ou consignes) de sélection, dont une largement prédominante", en l'occurrence celle qui est favorable au président.

"Lorsque l’on consulte directement les bulletins concernés, le fait troublant est qu’à chacune de ces stratégies correspond une façon particulière de cocher les cases. Ceci est particulièrement net en ce qui concerne la stratégie dominante qui se caractérise par une façon très particulière de former les croix, dans laquelle on trouve les mêmes déformations et dont le graphisme exprime la même fébrilité : tous les bulletins, visiblement remplis de la même main, reconnaissables au premier coup d’œil, sont à la fois très semblables entre eux et très différents des autres".

De quoi donner le bourdon aux militants altermondialistes, même si le bureau de l'association et le président Nikonoff ont remis leur mandat au Conseil d'administration depuis la fin août. A l'issue de l'université d'été du mouvement, Jacques Nikonoff avait dénoncé "une opération de déstabilisation"... Pour une association d'éducation populaire telle qu'ATTAC qui se voulait porteuse d'une nouvelle éthique (donner le pouvoir "aux citoyens"), le choc est rude. ATTAC a déjà perdu 4500 de ses 30.000 adhérents dans le premier semestre 2006 (en juillet, il ne restait déjà plus que 20.000 adhérents à jour de cotisation). Et en tout état de cause, son influence - celle des altermondialistes - dans l'élection présidentielle de 2007 sera considérablement amoindrie, voire proche de zéro.

La question peut même se poser : ATTAC n'est-elle pas, tout simplement, moribonde ?

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MISE A JOUR DU 30/09

La réaction de Jacques Nikonoff. A noter cette phrase : "A court terme deux choix radicalement opposés sont offerts à ATTAC, celui de la division ou celui de la réconciliation." Compte tenu de la réaction de Jean-Pierre Khalfa (à la suite du texte de Nikonoff), on est tenté de penser qu'il n'y aura pas de réconciliation entre les deux principaux qui s'affrontaient lors des dernières élections d'ATTAC. Donc quid de l'avenir de cette organisation ? Un début de réponse sans doute en décembre, lors des prochaines élections.

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phil 01/10/2006 02:31

Et je suis d'accord avec toi : très bonne réaction, bien que tardive

phil 01/10/2006 02:30

Merci Fil, j'en ai fais une note. Ca me paraît important pour la suite

filaplomb 30/09/2006 23:35

Oh De Gaulle était mouillé dans une affaire de HLM aussi ! En 65, je crois !!!>Phil : il y a une réaction "salée" du Diplo en ligne ici :http://www.monde-diplomatique.fr/2006/10/A/14024:-)))(d'après moi, très bonne réaction !De mon point de vue, les fondateurs d'Attac sont des non-corrompus. C'est après que ça se gate. Quand d'autres commencent à calculer le levier que ce serait cette association !)

Sacha 30/09/2006 15:42

Vois-tu, Phil, pour moi De Gaulle, c'est un peu comme la Nouvelle Vague: il serait temps de commencer à l'oublier... 40 ans d'Oedipe, je trouve ça un peu long, non?

phil 30/09/2006 14:00

Se flinguer, non mais quelle idée ! Mais se désintéresser de la politique, c'est ce qu'il arrive de plus en plus. Il y a quand même eu quelques grands personnages politiques qui ont résisté à la corruption (euh, je cherche et on en reparle. de Gaulle ? Mendès ?), donc ce n'est pas forcément systématique.
PS : merci pour le charme :-))