Besancenot m'a scotché !

Publié le par Philippe Gammaire

J'ai eu la chance de participer, lundi après-midi, au tournage de la prochaine émission de Karl Zero sur le Club du Net Aol. Consacrée à Olivier Besancenot, elle sera diffusée ce jeudi, mais d'ici là j'essaierais de vous faire partager quelques rushes.

En compagnie du blogueur "Fraise des bois" et de Karl, j'ai donc interviewé durant une quinzaine de minutes le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire. Impressions à chaud : Besancenot est une bête de scène. Très à l'aise, nature, il connaît son texte et a réponse à tout. Impressionnant de facilité. Il est vrai qu'à 32 ans, son parcours de militant et de leader politique est déjà bien garni (4,25% des voix à la présidentielle de 2002, quand même).

LA GAUCHE ANTILIBERALE DESUNIE

Avec fraise des bois, je crois que nous avons quand même réussi à relever une incohérence dans le discours du porte-parole de la LCR. Besancenot nous a confirmé que l'unité de la gauche anti-libérale ne se fera pas, à l'occasion des présidentielles, notamment en raison d'un désaccord avec le PC. La LCR n'accepte pas, notamment, que le parti de Marie-Georges Buffet poursuive sur le terrain ses alliances électorales avec le PS (Besancenot nous cite le cas de l'élection municipale récente à Bordeaux).

Or, quelques minutes plus tard, Olivier Besancenot nous confirme que les deux élus de la LCR en Midi-Pyrénées trouvent des points d'accord et votent avec la gauche (PC, Verts, PS) au sein du conseil régional.

L'unité au sein d'un exécutif est donc possible sur des thèmes qui tiennennt à coeur des élus de la Ligue : gratuité du transport pour les chômeurs, priorité aux services publics, etc. En revanche, il est exact de dire aussi que la LCR ne fait pas de concessions sur ses positions de principe en matière économique par exemple (les subventions aux entreprises privées)...

Mais faut-il être toujours d'accord sur tout pour réaliser l'unité entre plusieurs formations politiques, dont le point commun est quand même d'être "antilibéral" ?

Pour Besancenot, la gauche antilibérale ne doit pas se rapprocher du PS, et doit rester un aiguillon planté dans la fesse gauche des socialistes : c'est un point de vue stratégique. Une position qui paraît incontournable. Donc tant que le PC maintiendra ses contacts et alliances avec le PS, pas d'unité possible.

Pour ma part, j'ai fait remarquer à Olivier Besancenot que ces querelles d'appareils politiques (et non de personnes) risquaient de décevoir des millions de gens, qui voient un espoir de renouveau politique dans l'unité de la gauche antilibérale.

Pour le reste de l'interview, à suivre dès jeudi sur Aol.fr et sur Universmedias. Juste une chose, Besancenot m'a scotché quand, au cours de la conversation il a lancé ce cri du coeur : "Mais je ne suis pas trotskiste !". Guévariste oui, alter oui, libertaire aussi... mais pas trotskiste. Je ne le savais pas, mais l'explication est ICI.

 

Publié dans AUJOURD'HUI

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phil 17/11/2006 14:02

@ Neel : je souscris à ton analyse, sur la nécessité pour la LCR de garder son intégrité, pour continuer à être crédible et ne pas se dissoudre dans le social-libéralisme.
Néanmoins :-) , le PC n'est pas social-libéral, José Bové non plus, ni les composantes alter des collectifs antilibéraux. Je pense que l'absence d'unité est beaucoup plus une lutte d'influence entre les appareils politiques de la gauche antilibérale. Suffit de voir les déclarations du PC qui considérent Buffet comme la meilleure pour les représenter. C'est une querelle pour le leadership, personne ne veut être le supplétif de l'autre. Il est possible d'ailleurs que Besancenot et la LCR tirent les marrons du feu de cette désunion, en termes de voix à l'issue du premier tour.
Il est probable aussi que le PC ira à la soupe, si le candidat du PS l'emporte.
Besancenot assure que "l'ennemi c'est la droite" et donc il suggère pour le 2e tour de la présidentielle qu'il faudra voter pour le candidat de gauche (si c'est Ségolène qui y arrive, d'ailleurs c'est pas gagné). Enfin, c'est ce que j'ai compris. Désolé mes réflexions sont un peu désordonnées...

Neel 17/11/2006 13:34

Salut,
Plutôt d'accord avec les arguments de Loup Yétu (qui j'imagine, sont ceux de la LCR ?).
Depuis les reniements de la gauche, quels constats ?
-le FN ne cesse de monter (en partie parce que des déçus de la gauche votent pour lui, en partie parce que des déçus de la gauche ne vont plus voter, laissant le champ libre au FN...)
-la situation sociale est de pire en pire, et les différents gouvernements de gauche ont tout fait sauf l'améliorer
-la droite, quasiment débordée par le PS et ses partenaires qui vont de plus en plus loin dans la surenchère, tant libérale que sécuritaire, va du coup, par ricochet, elle aussi encore plus loin, et sa politique, on la vit quotidiennement, on la subit quotidiennement...
Alors oui, d'accord pour que l'espoir né le 29 mai ne serve pas à recommencer 25 ans de mêmes erreurs.
Parce qu'à mon sens, si le rassemblement est légitime, il ne doit pas s'agir d'une méthode Coué (constat : il faut un rassemblement, donc, peu importe le programme, je fais tout pour qu'il existe et me convaincre qu'il existe et doit exister maintenant tout de suite).
Il ne doit surtout pas servir à faire voiture-balai pour le PS, et cet espoir, énorme, s'il était à nouveau déçu, par manque de clarté dans les rapports avec le PS justement (dont le caractère libéral n'est plus à démontrer), se retournerait dramatiquement contre nous toutes et tous. Le risque d'une nouvelle trahison est à mon sens bien plus dangereux que le risque de ne pas y arriver cette fois-ci, quitte à mieux préparer les bases politiques pour un rassemblement clair, antilibéral, pour plus tard.
Qui veut voyager loin ménage sa monture, et en ce qui me concerne, je ne serais pas l'âne de bât d'une nouvelle gauche plurielle, ni aux présidentielles, ni aux législatives, ni aux municipales.
Battre la droite, c'est battre sa politique, qu'elle soit de droite ou de gauche !
Alors oui, je pense (même si je peux me tromper), que la LCR et les autres partenaires du NON de gauche qui émettent de sérieuses réserves en ce moment (voir la déclaration de Raoul-Marc Jennar suite à sa démission du Collectif National), ont raison.
Mieux vaut décevoir un peu maintenant pour mieux construire après, que trahir et décevoir beaucoup (et effectivement, que ce soit le "test" de Bordeaux où le PCF a refusé une liste d'union antilibérale pour s'allier avec le PS du oui, ou les récentes déclarations de Marie-Georges Buffet, rien n'est fait pour me rassurer de ce côté).
Si on déçoit maintenant, il n'y aura plus rien à rassembler, et ce sera un champ de ruine que la gauche antilibérale.
Neel

phil 17/11/2006 10:40

@ loup Yétu : d'abord merci pour les précisions historiques, que je n'avais pas. Elles eclairent le choix stratégique actuel de la LCR de ne pas faire cause commune avec les autres formations et collectifs antilibéraux.
Si je comprend bien, va falloir attendre la révolution...

Loup Yétu 17/11/2006 09:41

Pour info, les rapports de la LCR avec l'unitaire ne datent pas d'hier...
En 1988 (avec les 20 ans de Mai 68, "revenu à la mode"...), alors qu'Alain Krivine était le candidat, avec les signatures, de la LCR, la possibilité d'une dynamique à gauche avait été portée sans ambiguité par la LCR, qui a donné toutes ses signatures à Pierre Juquin (pour un résultat malheureusement très faible).
En 1994, à un an des présidentielles, la LCR était pleinement engagée avec d'autres partenaires (Voynet, Fitterman, etc.) dans la CAP (Conférence pour une Alternative Progressiste). On a vu ce que ça a donné : rien (les différents autres partenaires sont tous allés "à la soupe" et on a vu ce qu'a donné les gauche plurielle pour chacun d'eux (une ministre vert tout sauf écologiste, des ministres PCF votant des deux mains les privatisations, etc.).
En 2006, quand paraît le texte d'appel à des candidatures unitaires, la LCR propose des amendements en vue de clarifier ce texte pour éviter tout "revirement de dernière minute" (à savoir, rassembler la gauche antilibérale dans un premier temps, pour ensuite aller gentiment amener tout cela dans le giron du PS et de son programme libéral du Mans).
A l'époque, beaucoup de gens, dont moi, disaient : "franchement, ils pinaillent, bien sûr que tout ça va être clarifié dans le texte, ça va prendre deux secondes...". Et puis les jours, les mois, les semaines passaient, et, le plus clair que nous avions était "nous ne participerons pas à un gouvernement dominé par le social-libéralisme".
Bref, rien sur le PS et sa direction, où d'ailleurs, personne ne se revendique du social-libéralisme (donc, tout va bien, on peut aller au gouvernement avec eux et faire une gauche plurielle bis ?).
Jacques Chirac lui-même se dit antilibéral. On peut donc aussi aller au gouvernement avec lui ?
Ok, là, j'exagère...quoique ?
Alors que localement, la LCR vote sur un ou deux points dans un conseil municipal ou régional, pas de problème.
Mais ce n'est pas pareil de faire une liste commune comme à Bordeaux : liste=programme. La gauche antilibérale n'est pas supposée avoir le meme programme que le PS...et donc pas supposer faire liste commune avec lui.Sur des points précis, sur des luttes, quand ça peut faire avancer les choses, pas de problème pour élargir, même aux sociaux-libéraux. Mais sur un programme politique ? Sur une alliance électorale ? Sur un gouvernement ?
Si encore on n'avait pas déjà vu la gauche plurielle...

phil 14/11/2006 16:44

Bonjour Agnès, non je ne cherchais pas la petite bête :-) et oui je méconnais le contexte local midi-pyrénées. Ce que tu me dis démontre que des élus LCR peuvent travailler et voter avec le PS.
Dès lors, pourquoi rejeter l'alliance des antilibéraux au seul motif que le PC "discute" et s'allie localement au PS ? Pour moi ça ressemble fort à un prétexte, la crainte peut-être que la LCR perde son identité dans un collectif antilibéral... je ne sais. Car tout de même, les collectifs antilibéraux ne s'inspirent pas des programmes de Strauss-Kahn ou de Ségolène Royal, que je sache.
Besancenot est tout sauf un idiot : il sait que seule l'unité peut permettre des résultats électoraux significatifs. Il clame que aussi que l' "ennemi" c'est la droite, mais il ne veut s'allier avec personne... Je crains que la LCR ne se cantonne délibérément à la protestation et n'a pas de volonté réelle d'union.