Blogs et entreprises : "Un salarié n'est pas un sous-citoyen"

Publié le par Philippe Gammaire

Le cas de Stéphanie Gonier est exemplaire. Pour avoir raconté sur son blog ses difficultés de jeune mère licenciée par le constructeur automobile Nissan, elle subit les attaques en justice de son ex-employeur.
Exemplaire, parce qu'à travers elle, c'est le problème de la liberté d'expression qui est posé, en particulier dans l'entreprise et sur les blogs. Christophe Grébert en parle très justement sur Webcitoyen, et Le Monde dans son édition d'hier,
raconte les péripéties juridiques de la jeune femme.

STRATÉGIE D'USURE

En clair après son retour de maternité, puis un congé parental d’un an, Stéphanie Gonier se retrouve prise dans ce qu’elle qualifie de “stratégie d’usure” : d’abord au placard, payée à ne rien faire durant plusieurs semaines, alors qu’elle occupait un poste important au service marketing.
L’entreprise lui propose ensuite un poste nettement en-deçà de sa qualification (refus de l’intéressée), avant de lui offrir un autre poste, où cette fois elle doit voyager chaque semaine. Une situation intenable pour la jeune mère de famille, qui refuse à nouveau.
Elle se fait alors licencier pour faute. Rappelons que légalement, elle aurait simplement dû retrouver son poste d’origine.
Dans la foulée elle ouvre son blog et dénonce les comportements de la direction, donne des noms, décrit des faits.


POT DE TERRE CONTRE POT DE FER

L'histoire fait le tour des medias (Libération, Le Monde, Le Parisien, France-Info, RMC mais aussi El Païs et d'autres) parce qu'elle est symbolique des discriminations ordinaires. Mais aussi du changement d'ère que nous vivons.
Avec les blogs, chacun peut faire entendre sa voix au monde.
Ici pour dénoncer le harcèlement ordinaire qui aboutit invariablement soit à la démission, soit au licenciement, quand ce n'est pas la dépression qui guette.
C'est donc chez Nissan que ça se passe, et Stéphanie ne se laisse pas abattre après son licenciement pour faute grave
s (donc sans indemnités).
En attendant le jugement des prudhommes prévu en février 2007 (trois ans d'attente), elle s'épanche à blog ouvert, comme on dirait à coeur ouvert (
"Maman chez Nissan Europe, parité bafouée") pour dénoncer ce qu'elle considère comme une injustice.
Les employeurs, faut-il le préciser, n'aiment pas ça. La bataille du pot de fer contre le pot de terre s'engage devant le tribunal civil.

Stéphanie Gonier vient d'être condamnée pour diffamation (1) en première instance devant le tribunal civil.

"UN PRINCIPE : LA LIBERTÉ D'EXPRESSION"

En réaction à cette décision de justice, Christophe Grébert publiait hier une note, que je trouve fort juste.
Petit extrait : "
Il y a un principe qui fonde notre démocratie : la liberté d'expression. Un citoyen qui décide d'exprimer ses idées -sur un blog ou ailleurs- ne doit pas être inquiété pour cela. La société, les lois... doivent tout faire pour défendre cette liberté. La règle, c'est la liberté. Ce sont les exceptions à cette règle qu'il faut limiter et encadrer.
Un salarié n'est pas un sous-citoyen. Il a autant le droit à la parole publique qu'un dirigeant, qu'un élu ou que le représentant d'une institution X ou Y. Il faut sortir l'entreprise de cette nasse du secret qui n'a plus aucun sens à l'heure d'Internet".

Il ajoute que la limite, ce serait "la divulgation de secrets de fabrication ou bien de décisions stratégiques. Mais la manière dont mon entreprise gère la fin d'un congé maternité, pour l'exemple de Nissan, je ne vois pas en quoi ce serait stratégique..."

L'IMAGE DES ENTREPRISES

De même, il souligne à juste titre que si une entreprise veut défendre son image, qu'elle le fasse au quotidien avec ses employés et ses clients, pas seulement à travers des constructions publicitaires virtuelles.
Christophe Grébert rappelle l'affaire Apple, dont les i-pods sont fabriqués en Chine, par de très jeunes femmes, dans des conditions inacceptables.
Depuis, Apple qui utilise Gandhi dans ses pubs, a dépêché sur place ses experts pour sermonner les sous-traitants...
"Pourquoi ce que nous souhaitons tous pour la Chine, nous ne le défendons pas pour la France ? Nissan, groupe franco-japonais, a eu tort d'attaquer son ancienne employée, comme une vulgaire criminelle. Celle-ci a le droit de dire  
ce qu'elle pense. Dans cette affaire, c'est bien la liberté d'expression qui est dangereusement mise à mal".
Bien vu, non ?


(1) lire sa note du 16 octobre, "le couperet est tombé"


A LIRE ÉGALEMENT en matière de liberté d'expression dans l'entreprise : "J'ai envie de porter plainte, mais je vais perdre ma place" (Libération du 20/10/06)


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Publié dans LIBERTE D'EXPRESSION

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A
Un peu de poésie dans ce monde de brute ne ferait pas de mal, http://www.acrostiche.org/ : Acrostiche .org : la référence poétique
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B
En fait,t'as raison,la précédente(photo) était peut_etre plus proche du vrai,elle faisait plus"branleur",comme tu dis...
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B
eh!et si on se faisait une bouffe au Libanais?<br /> Ca te dit Sacha?eventuellement,Phil et Bernard nous accompagnent<br /> Bon,on est pas là pour déconner,ni vous,ni moa <br /> mais quand meme,si ça vous dit,je suis partante
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P
Attend Sacha, je soigne mon image au cas (certes improbable) où un patron de presse atterrirait sur ce blog... et séduit par ma prose souhaiterait embaucher autre chose qu'une épave.Sinon, le vin rouge libanais assome grave : si tu veux endormir ton partenaire pour une soirée je te le conseille.
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S
Ah ouais, tiens, moi je préfèrais l'ancienne (photo). Elle faisait plusse branleur. J'aimais bien. Non mais c'est très bien aussi le côté mec reponsable qui va bouffer au libanais avec Bernard ;-) C'était bien?
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