Communiqué de la société des rédacteurs de Politis

Publié le par Philippe Gammaire

Communiqué de la société des rédacteurs

de l'hebdomadaire POLITIS (août 2006)

Si l’on s’en tient à la sécheresse de l’information, il apparaît qu’une nouvelle fois Politis se trouve dans la tourmente. Fin juillet, son président a déposé le bilan. Et le 8 août, le tribunal de commerce a placé la société éditrice sous administration judiciaire pour deux mois. Pourtant, en dépit des apparences, la société des rédacteurs de Politis et l’ensemble du personnel veulent affirmer ici leur pleine confiance en l’avenir de ce journal. À leurs lecteurs, ils veulent dire leur conviction que Politis peut et doit surmonter la crise actuelle, et en sortir renforcé.

Cette conviction ne repose pas seulement sur un engagement passionné, elle est fondée sur un constat économique. Car les difficultés que traverse le journal, créé voici dix-neuf ans par Bernard Langlois, n’ont cette fois aucun rapport avec les crises précédentes. Jamais ce journal, qui a longtemps traîné comme un fardeau une sous-capitalisation de départ, n’a été aussi proche de l’équilibre.

Jamais il n’a compté autant d’abonnés. Jamais sa rédaction ne s’est sentie aussi unie autour d’un projet et d’une conception rédactionnelle. Son originalité dans le paysage médiatique français et sa qualité sont reconnues. Au fil des années, la rédaction de Politis s’est entourée de chroniqueurs dont la compétence est incontestée dans les domaines de l’économie et de l’écologie. Des débats de société, de culture et sur les grands problèmes internationaux font régulièrement l’objet de dossiers dont la qualité est reconnue.

Les informations sur le mouvement associatif, sur l’économie solidaire et le commerce équitable sont uniques en leur genre. Politis porte sur l’actualité un regard singulier parce que nous ne tenons jamais a priori pour évidents les engouements, les idées et les opinions qui dominent l’univers médiatique. C’est cette conception de notre métier qui nous réunit.

Mais nous avons appris à nos dépens que le travail d’une rédaction ne suffit pas au succès d’un journal. Politis a besoin d’une politique de développement dynamique qui lui a fait cruellement défaut au cours des dernières années. Notre journal doit s’inscrire pleinement dans l’évolution technologique que permettent les nouveaux instruments de communication. Il doit faire fructifier sa place au coeur de nombreux réseaux. Il doit être plus facilement accessible à des lecteurs qui se plaignent à juste titre de ne pouvoir le trouver.

Cette absence de travail de développement, les carences d’une direction générale incapable même de faire valoir les droits de Politis aux tarifs postaux préférentiels, qui sont un acquis démocratique de la presse, et qui se payent chaque mois en milliers d’euros de manque à gagner, sont à l’origine des difficultés actuelles. Et cela en dépit des multiples mises en garde de la rédaction, du personnel et du directeur de la rédaction, qui n’ont jamais été prises en considération ni par le directeur général lui-même, mobilisé en permanence par des activités extérieures au journal, ni par le président de la société éditrice.

Tout ce qui n’a pas été fait au cours des dernières années est aujourd’hui possible. Les compétences sont réunies. Un repreneur, actionnaire minoritaire depuis huit ans de Politis, offre aujourd’hui d’en être l’opérateur. Sa surface financière, sa compétence dans le domaine de la communication, son attachement qu’il a maintes fois témoigné au titre constituent une chance unique. Un projet a été élaboré.

Les journalistes de Politis y ont contribué. La société des rédacteurs lui apporte son soutien parce qu’il lui semble s’inscrire dans la continuité de l’équipe fondatrice et de l’actuelle direction de la rédaction tout en insufflant une dynamique de gestion et de développement nouvelle. Et parce que, par-dessus tout, il lui apparaît que ce projet assure à Politis son indépendance. La société des rédacteurs réaffirme que Politis, journal engagé dans le mouvement altermondialiste, ne veut être le porte-parole d’aucun courant, et a fortiori d’aucun clan, ni l’organe d’aucune association ni d’aucun parti.

Elle revendique un journalisme engagé, mais toujours critique. Toute tentative de mainmise, même au nom de proximités idéologiques supposées, rencontrerait sa ferme opposition. Plus que jamais, la rédaction compte sur la fidélité de ses lecteurs qui ne doit pas lui faire défaut dans une période difficile mais sans aucun doute porteuse d’avenir.

Publié dans LA PAGE BLANCHE

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Bernard Langlois 03/09/2006 22:29

Merci Philippe pour ton attentive attention !