J'estime avoir fait mon travail, sans parti pris"

Publié le par Philippe Gammaire

TENTER DE COMPRENDRE. - Le président André Vallini (député PS) ouvre la séance, en précisant bien - s'adressant à Burgaud - qu'il ne s'agit pas de le juger, mais de comprendre les dysfonctionnements de l'affaire. Pourtant, au fil des heures, devant les réponses évasives du jeune juge (il a 35 ans tout au plus, 29 au moment des faits) les députés vont le mettre face à ses contradictions, déclarer publiquement leur consternation face à ce magistrat qui reste dans le déni.

Fabrice Burgaud se lance dans un long préliminaire, dans lequel -d'entrée - il affirme qu'il ressent et comprend la souffrance, l'enfermement subi, l'honnêteté mise en cause des personnes acquittées, présentes dans la salle et des enfants. Il se dit ému. Mais le propos est froid, la gêne s'installe.

"Mais j'estime avoir fait honnêtement mon travail, sans parti pris", lance-t-il. Et voilà ! Burgaud c'est ça. Tout au long de l'audition, il n'aura que les mots rapports d'experts, transmission d'actes, auditions à la bouche. La technique froide d'un juge qui, durant l'instruction, n'apportera sa compassion et son écoute attentive qu'aux propos des enfants. Et surtout de Myriam Badaoui, l'accusatrice en chef, dont on sait aujourd'hui qu'elle est mythomane et perverse.

TROP DE CERTITUDES.- Mais cela, les experts ne l'ont pas vu curieusement. Alors même que le juge Burgaud sait que Myriam Badaoui lui a menti de nombreuses fois. Qu'importe. Il a de vraies certitudes ce petit juge. Et elles donnent froid dans le dos.

"Des le depart n'avions pas de preuves irrefutables, ce qui est souvent le cas dans ces affaires. Donc, je l'ai dit, Mme Delay (Myriam Badaoui) a reconnu les faits, a mis en cause un certain nombre de personnes"... On pourrait arrêter là, car Burgaud a tout dit. Le reste de son instruction se fondera sur ces dénonciations. Plus d'une cinquantaines de personnes seront citées, 17 d'entre elles iront croupir en prison et, enfin, après deux procès treize seront acquittés. Leurs vies brisées.

Des doutes, il dit qu'il en a eu dès le départ. Tiens, l'histoire de la boulangère et de la sodomie avec du pain : ah oui, en effet, ça pose des questions... Il est vrai que, dans son camion ambulant elle donnait des bonbons aux enfants et vendait des baguettes jusque vers minuit. Sans doute encore un "indice grave et concordant", pour le juge Burgaud.

J'AURAIS PU FAIRE AUTREMENT.- Tout juste s'il esquisse un mea culpa.  "Je n'ai pas la pretention d'avoir fait une instruction parfaite. Avec le recul, je suis convaincu que j' aurais pu agir autrement. J'ai pu commetre des erreurs de jugement, qui n'en commet pas..."

Son discours est confondant. Ses refus de mise en liberté ? Validés par la chambre de l'instruction. Les confrontations collectives ? Pas à charge, dit-il. Les experts analysant la parole des enfants ? Ils disaient que ça paraissait être du vécu. Même si Burgaud admet qu'il y avait parfois un gouffre entre les dires des gamins et les résultats des expertises médico-légales...

Et puis, dit-il, il était sans expérience et travaillait seul... Pour se contredire aussitôt après : il échangeait régulièrement sur le dossier avec le procureur général de Saint-Omer, la chambre de l'instruction. Il est parfois tout penaud en racontant ça. Aux antipodes du juge tout-puissant, qui a été longuement décrit par les "rescapés" de ce naufrage judiciaire. Il a beau dire qu'il cherchait à se rapprocher de la vérité, on a du mal à y croire.

VOS REPONSES SONT UN PEU COURTES. - Il ne cesse de clamer qu'il a eu des doutes dès le début de l'affaire. "Le doute ne doit-il pas profiter aux mis en examen ?" l'interroge un député. Oui, bien sûr. Mais toutes ses décisions sont allées dans le sens de l'instruction à  charge.

Au fil des heures les députés seront de plus en plus mordant avec ce petit juge qui répond à côté des questions, s'embrouille dans des explications fumeuses, fait preuve au final d'une grande froideur. On sent Philippe Houillon qui bouillonne : "Nous sommes la représentation nationale, c'est notre liberte qui est entre vos mains ! Vos réponses sont un peu courtes, quand même !". Burgaud bredouille.

Un autre député : "La loi oblige d'instruire à charge et à décharge, pour assurer l'impartialité. Pourquoi ne reconnaissez-vous pas plus facilement les erreurs que vous avez commises. Vous repondez mecaniquement." Sur l'aspect profondément humain de ce dossier - les familles brisées, les enfants placés - le juge Burgaud dit simplement "c'est dramatique". Son visage n'exprime rien, juste un manque d'épaisseur. Le savoir-faire, la technique d'instruction il la maîtrise. Mais le savoir-être...

Publié dans AUJOURD'HUI

Commenter cet article